Chacun est né sous les étoiles de Fontainebleau

Celui qui m’a fait peur cette nuit-là à la campagne, parce que soudain c’était loin de celui que j’avais connu quand on avait déjeuné ensemble, il y avait, évidemment, des forces contraires 

C’est plus le même timbre de voix, c’est plus les mêmes silences, les mêmes hésitations, c’est plus ce qu’on savait déjà

Ce que tu veux, ce que tu ne veux pas, ce qui devrait être simple, l’évidence qui n’est pas
Et vice et versa

Et j’ai envie de dire, heureusement
Parce que c’est plus que ça
C’est ce qui fait, une vraie rencontre ou pas
La vie c’est bien la tête en bas, parfois

Le but du jeu c’est d’apprivoiser l’ombre mais c’est surtout d’accepter l’ombre
Celle qui est toujours là quand je pleure ou quand tu pars ailleurs

Ni toi ni moi ne savons bien pourquoi
Ce qui fait que si l’ombre surgit, un jour après elle est partie

Entre pourquoi et pourquoi pas ?
Il n’y a qu’un pas.

La croisée de nos chemins

Parce qu’I follow you and you follow me
à Paris, à Lyon, à Metz, au Luxembourg, à Marseille, dans les Flandres et les Landes, à Lille, à Malo, à Bordeaux, à Nice, à Chambéry, à Shanghai, à Dubaï, à Bruxelles, à Madrid, au Canada, à Atalanta, en Finlande et en Irlande, à Fez – d’Espeluche à mes premières peluches 🧸 et difficile de tous vous citer dans le monde entier, sans bien sûr jamais vous oublier !
Merci à vous de faire partie de mon petit monde 🌍
Des bisous doux de partout !!

neverregret #neverforget

Mon globule noir

le-chat-maurice-carème

Bonne journée mon amour d’amour
Maman t’aime fort mon Plumetix
Maman revient ce soir
Bisous bisous chat

Il ne s’est pas passé un matin depuis 14 ans où je n’ai pas prononcé ces mots en passant la porte de l’appartement

Tu savais que je t’aimais fort et on aura été heureux tous les deux
Tu es ma petite bougie qui s’allume quand je rentre 
et tu le resteras 

On a été là l’un pour l’autre et maman reste avec toi
always
On s’est aimé on était le plus précieux de l’autre
On s’aime et ça restera  

Le bruit de tes papattes qui n’arrivera plus, ce petit bond quand tu descendais du lit.
Ce matin pour la dernière fois tu es venu me faire un câlin, en frottant ta tête contre ma joue, ce que tu ne faisais jamais vraiment…
est ce que tu savais, est ce que tu venais dire au revoir à maman ?

Je suis heureuse des 2 heures assise dans le salon à te caresser en attendant la vétérinaire
On était heureux mon chaton trésor
Et maman sera heureuse
en hommage à toi
mon trésor chat

Notre film muet

Jean et Pierrette avaient peint leurs portes de couleur violette. Régis leur fils, avait des bouclettes blondes, un regard bleu ouvert sur son monde, et 2 ans de plus que moi. Il savait des choses que je ne savais pas, que les adultes ne savaient pas, que d’autres yeux ne voyaient pas. Chaque pierre des cathédrales de France, chaque ligne de métro dans le dédale des villes du monde, la taille des joueurs de baskets du Brésil à La Villette, et même s’ils portaient des lunettes. Tant de milliards d’informations, toutes si petites et si parfaites, qu’il répétait seul dans sa tête.

Petite, quand je montais seule dans sa chambre, le soir plongée dans la pénombre, moi je n’allumais pas et je restais là, quand les adultes parlaient en bas. Fascinée par cet autre monde, cet autre que je ne connaissais pas, toute seule en haut de l’escalier, j’étais vaguement ensorcelée. Son chat noir qui sortait ses griffes – quand je grimpais là quand j’osais le braver – et qu’il ne crachait pas trop fort, lui le gardien du château fort. Régis ne montait pas avec moi, et quand bien même il était là, c’était au fond sans être là, c’était au fond toujours sans moi. Jamais, de nos jeunes années, il ne m’adressa la parole, tous les deux on vivait dans un film muet.

Dans le dédale des playmobils, j’inspectais chaque détail chaque mouvement, seule sur son île, ravie de mon exil. J’étais toujours un peu fébrile, et à mesure que l’heure tournait, je sentais l’ombre qui montait. Des étagères comme des grimoires qui racontaient d’autres histoires, les squelettes, les belettes, l’architecture, le cyanure, et je restais là dans le noir, à dévorer des yeux, de nouveaux cieux. Le sapin de noël gracile, chaque fin d’année il m’attendait, dans la chambre il battait des cils, pendant que dans le salon réveillonnaient les grands. Pierrette choisissait 2 couleurs, chaque année une nouvelle lueur, dans le noir je pouvais rester des heures, de son royaume j’étais le seigneur.

Régis est autiste et j’ai grandi sans bien noter la différence.
Sans bien savoir si elle était grande.

L’éléphant qui avait 3 ans

Quand je venais d’avoir 3 ans, au zoo de Sigean, j’ai rencontré mon éléphant. Il avait lui aussi 3 ans, était-ce les mêmes années que moi, ou peut-être est-ce différent, quand on compte en âge-éléphant, au fond. Il faisait à peu près ma taille, est-ce vrai, est-ce bien normal, ou est-ce dans mes rêves d’enfants qu’il resta si peu grand, seulement. Qu’est-ce que 3 ans ?

C’était la BMW bordeaux, la première dont je me souvienne, comme une amie qu’on a laissée, après plusieurs années, fatiguée et déjà bien rouillée, pour une plus jeune une plus jolie, c’est donc ça la vie, aussi. Je me souviens bien des suivantes, elles furent bleu nuit, beige, neige ou bien blanche, je m’en souviens dans le jardin, une éponge à la main.
On les adoptais déjà grandes, nos « BMV d’occasion » arrivaient souvent avec le printemps, elles avaient déjà eu des plis, on leur donnait une seconde vie, c’était joli, aussi.

C’était l’orgue Bontenpi, qu’on allait cherchait dans son ancienne vie, et on le ramenait chez nous, où il résonnerait jusqu’au bout, sans désaccord et sûr de nous. Lettre à Elise un jour, de mieux en mieux, de cieux en dieux, de lieux en bleus, Elise et moi c’est pour toujours. C’était le temps des premières fois, de ces repères qui feront foi. Tout ça n’était pas clair pour moi, à la fois.

Ce sont les souvenirs d’un temps, où l’on ne devient jamais grand, quelques années qui durent 100 ans, de celles qui comptent de celles qu’on conte, ce qui fonde et fait les légendes, du personnel à l’essentiel. Qu’est ce que 3 ans ?

J’en ai gardé un appétit, pour les coïncidences du coin des rues du coin des vies, et le souvenir des souris qui embêtent les jeunes éléphants, qui ne savent pas qu’ils deviendront grands. Les grains de sable dans les chaussures des enfants. Qu’est ce que 3 ans ?

J’irai bien voir cet éléphant, aujourd’hui à 45 ans, qu’a t-il vécu, je ne sais rien de lui. Bon, tant pis. Il a encore une longue vie devant lui, cette seconde vie que l’on déplie, nos ailes, quand on ne savait rien d’elles. Le déni, les trompe l’oeil, les deuils et les écueils, l’orgueil, le tape à l’oeil, le délice des seuils. Les BMW sont parties, bon-tant-pis.

A nos pré-histoires, qui portent à croire.
A nos premiers printemps, qui refleurissent à chaque saison.
A nos secondes vies, où tout est permis.

L’ami de la lune

l'ami de la lune

Il y a dans ma vie, un très grand ami, c’est assez précis et au fond pas tant que ça. Qui es tu pour moi, toi qui est entré par là, je ne sais ni bien comment ni vraiment le pourquoi. Comme une absence de virgule, je suis sans recul quand il s’agit de toi.

Cinq ans de brumes, à bien peu se comprendre, et à rester souvent là, parfois un peu pantois, pantins au coeur du monde, juste toi et moi. On a passé l’hiver, sans en avoir l’air, ça n’était pas pour moi, ça ne semblait pas pour toi, mais ça s’accrochait là, comme le lierre comme un lièvre, qui ne s’échappait pas. Les atomes ont des croches, que les yeux n’entendent pas.

Ça m’a paru plus fou, presque une lutte entre nous, une absence de loi, juste entre toi et moi. Une histoire de foi, il fallait que ce soit. Ça n’était pas normal, scénario bien banal, qui dit « ça ne peut pas ». Quelque chose d’astral, un hasard abyssal, qui dit bien ce qui doit. Ce qui sans ça n’est pas, la souffrance et les anges, le plaisir et la peur, qui montent. Des questions qui raisonnent, des envies qui s’assomment, les oxymores qui dansent, comme une ronde autour de soi. L’escalier sur les toits, qui veut et qui va. Les atomes ont des croches, que les mains ne voient pas.

Comme une histoire de lune, qui ne s’arrête pas là, qui dit beaucoup de moi, et de toi je ne sais pas. Les mots s’en vont aux confins, les sens vibrent aux embruns aux chagrins aux parfums aux roulis aux brumes aux plumes aux envies aux rancunes aux balançoires au ciel au miel emportés par la houle le bleu du ciel et les moments de soleil. La vie des arcs en ciel. Et de loin en loin souvent flou souvent doux, ce qui fut coup pour coup, comme une fumée blanche, qui aujourd’hui s’estompe. L’avant tout ça qui date, sans que très bien l’on sache, d’où ça vient d’où ça tient. Les atomes ont des croches dont seule la lune revient.

Trois filles sur un pont

Souvent quand je pense à vous, qui êtes dans d’autres villes, je me sens reliée par un fil. De chaque vie, de chaque envie, mes amies essaimées, par delà les années, vous êtes restées. Vous voilà toujours là. Hélène à Lille, Aude à Dijon, Audrey à Lyon. Trois filles sur un pont.

Depuis qu’on a 20 ans. Ce qui nous lie, nous délie, nous relie. Quelque chose en nous que je ne retrouve pas partout. J’ai beau chercher, il y a en vous quelque chose que je ne retrouve pas surtout. Ce don du ciel qui pour moi vous a rendues éternelles. Dans vos choix, vos émois, vos abois, quelque chose de moi qu’ailleurs je ne dis pas. Les chardons, les promesses, les ivresses, les cailloux, les bijoux, les semonces et les ronces, l’éclair et le sombre, les décennies qui dansent. Quelque chose de flou, quelque chose de fou, quelque chose de plus que tout, que déjà on cherchait, qui n’a pas changé. Et qui a poussé, libre et étonné, comme ça nous ressemblait.

Des bouts de moi, qui vivent encore là bas, au creux de chaque endroit, partagé avec toi, et qu’on n’oublie pas. Le soir par dessus les toits, les sois qu’on partage, comme les reines et les sages, je dis et tu racontes, j’écoute quand tu contes, maintenant ne s’oublie pas. Qui me rappelle ma belle, quand parfois je me trompe, quand parfois je ne sais pas, quand le temps m’enlace, que je suis un peu de tout ça, ici et là-bas, toujours avec toi.

Toujours moi. Souvent grâce à toi. Vous trois, qui ne vous connaissez pas.

And you, what would you do for love ?

J’espère que tu n’as pas oublié notre rendez vous. Au moment où tu me lis, c’est ton anniversaire et tu as 40 ans. Alors j’écris cette lettre pour t’aider à te souvenir des promesses que j’ai faites aujourd’hui, à l’âge de raison.

Commençons par le plus important : qu’es-tu devenue ? Vétérinaire pour baleines, chasseuse du trésor de Zonguldec, princesse du royaume des Petits Pois… ?

As-tu encore chassé dès l’aube le champignon qui hulule au fond des bois, tutoyé les étoiles de passage le soir au dessus du garage, observé à la nuit tombée le ballet des fougères qui dans le jardin tiennent conciliabule et se promènent ?

Et puis, te rappelles-tu de notre plus grand secret : toujours regarder les choses de l’autre coté, toujours envisager les infinies possibilités… Cette ancienne ritournelle, dis moi que tu ne l’as pas oubliée ?

J’espère aussi que tu te souviens des choses importantes dans la vie : réussir les meilleurs avions en papier, sauter dans les flaques, faire une bombe à base de champignons dans un tube d’Alka-Seltzer, dévaler la pente à vélo sans les mains, remonter les escalators qui descendent, appuyer sur le bouton rouge dans l’ascenseur… embrasser un prince !

Et surtout, la chose la plus importante au monde : ne jamais oublier les gens qu’on aime.

Voilà, c’est fini


Quand on avait 6 ans, Barbara a perdu son grand-papa. C’était la première fois, pour elle comme pour moi. Le jour où c’est arrivé, en haut de la rue Pichard elle faisait semblant de ne pas savoir. Et on faisait les sottes, on jouait avec les mots, plus faciles que le grand saut. « Qu’est-ce que tu racontes, mon papa est toujours là », et moi « C’est ton grand-papa… Evidemment, ton papa lui sera toujours là ». Je m’étais fait disputée, il ne fallait pas en parler.

Quelques 40 ans plus tard ce jour est arrivé, ce jour arrivera toujours.

Guy est parti. C’était le papa de Barbara, le plus proche des autres papas pour moi aussi. On était deux filles uniques, toujours chez l’une chez l’autre, et nos parents aussi. Chaque petit bout de vie, de 1977 à aujourd’hui, et tout au long depuis, comme un doux récit.

Les vacances, les soirées d’été, les chapeaux en Espagne. Estartit dans notre coeur, ces moments qu’on passait lui et moi à parler, de l’âge et des cheveux longs, de la modernité, les boucles d’oreille qui pendent, les couples qui s’entendent, ou pas. La route telle qu’elle n’est pas, parfois. Les chansons d’été, les rêves. Et la vie toute entière.

De l’enfance à l’adolescence, de nos vies d’étudiantes, et puis quand vinrent celles d’adultes aussi, à Metz à Lyon à Paris, régulièrement, jusqu’à maintenant. Par mail souvent, de vive voix de temps en temps.

Aux derniers mots, qui resteront à jamais.

C’est toujours un moment de plaisir de te lire Sophie.
Peut être encore plus cette fois-ci car tu nous plonges dans le suspens avec ta nouvelle orientation professionnelle. On est anxieux pour toi mais on sent en même temps que tu as une grande envie de changement. Bravo pour cette nouvelle aventure. Pour tout comme pour ça, on a confiance en toi. Vivement la suite ! Ici aussi les géraniums de Marie-France sont beaux, ils profitent de l’eau et du soleil. Tu crois que nous avons le beau temps ici alors qu’en ce moment le tonnerre gronde mais pas de pluie. C’est mieux ainsi quand on voit les dégâts occasionnés par le déluge de pluies dans certains villages. Tu termines en nous promettant à bientôt à Metz nous on dit chiche !
Grosses bises à toi
Guy

On avait dit à l’été. Au printemps, qui n’arrivera jamais. A ce dernier jour, pour toujours.

A Marie-France. A Barbara.