L’éléphant qui avait 3 ans

Quand je venais d’avoir 3 ans, au zoo de Sigean, j’ai rencontré mon éléphant. Il avait lui aussi 3 ans, était-ce les mêmes années que moi, ou peut-être est-ce différent, quand on compte en âge-éléphant, au fond. Il faisait à peu près ma taille, est-ce vrai, est-ce bien normal, ou est-ce dans mes rêves d’enfants qu’il resta si peu grand, seulement. Qu’est-ce que 3 ans ?

C’était la BMW bordeaux, la première dont je me souvienne, comme une amie qu’on a laissée, après plusieurs années, fatiguée et déjà bien rouillée, pour une plus jeune une plus jolie, c’est donc ça la vie, aussi. Je me souviens bien des suivantes, elles furent bleu nuit, beige, neige ou bien blanche, je m’en souviens dans le jardin, une éponge à la main.
On les adoptais déjà grandes, nos « BMV d’occasion » arrivaient souvent avec le printemps, elles avaient déjà eu des plis, on leur donnait une seconde vie, c’était joli, aussi.

C’était l’orgue Bontenpi, qu’on allait cherchait dans son ancienne vie, et on le ramenait chez nous, où il résonnerait jusqu’au bout, sans désaccord et sûr de nous. Lettre à Elise un jour, de mieux en mieux, de cieux en dieux, de lieux en bleus, Elise et moi c’est pour toujours. C’était le temps des premières fois, de ces repères qui feront foi. Tout ça n’était pas clair pour moi, à la fois.

Ce sont les souvenirs d’un temps, où l’on ne devient jamais grand, quelques années qui durent 100 ans, de celles qui comptent de celles qu’on conte, ce qui fonde et fait les légendes, du personnel à l’essentiel. Qu’est ce que 3 ans ?

J’en ai gardé un appétit, pour les coïncidences du coin des rues du coin des vies, et le souvenir des souris qui embêtent les jeunes éléphants, qui ne savent pas qu’ils deviendront grands. Les grains de sable dans les chaussures des enfants. Qu’est ce que 3 ans ?

J’irai bien voir cet éléphant, aujourd’hui à 45 ans, qu’a t-il vécu, je ne sais rien de lui. Bon, tant pis. Il a encore une longue vie devant lui, cette seconde vie que l’on déplie, nos ailes, quand on ne savait rien d’elles. Le déni, les trompe l’oeil, les deuils et les écueils, l’orgueil, le tape à l’oeil, le délice des seuils. Les BMW sont parties, bon-tant-pis.

A nos pré-histoires, qui portent à croire.
A nos premiers printemps, qui refleurissent à chaque saison.
A nos secondes vies, où tout est permis.

2 commentaires sur “L’éléphant qui avait 3 ans

  1. Bonsoir Sophie.
    Très joli texte, plein de nostalgie et d’ espoir.
    Moi aussi j’ avais un orgue bontempi. J’ ai essayé de suivre leur fameuse méthode et puis j’ ai laissé tomber … bon, tant pis ! D’où le nom sûrement 😉

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