
Mon oncle. André. On ne se connait pas. Lui doit se souvenir de moi petite.
Moi, je me souviens qu’on s’est retrouvés quand j’avais 16 ans. Mon oncle André, ma tante et ma cousine sont revenus habiter à Metz. J’étais au lycée. Avant, ils étaient à Thionville. 30 km de Metz. Trop loin, surement.
Ils sont arrivés rue Bamberger. Le soir, on allait avec mes parents à la Jeanne. Les terrasses de Metz. On rentrait à pied, tard. C’était déjà ça, ce que je ferai un peu plus tard de mes soirées d’étudiante. Le goût du déjà, avant le déjà-vu.
Ils diront plus tard que leurs 40 ans étaient les meilleurs moments.
J’avais 18 ans. André est venu me voir dans mon appartement. Peut être la seule fois qu’on s’est parlé tous les deux. De mon père. De cette enfance de cousins que je vis en noir et blanc. Le sage et le rebelle. La vie en noir et blanc.
Un peu plus tard, j’ai su qu’il « retrouvait des choses de Sophie en lui ». J’ouvrais le livre, il en avait déjà vu d’autres.
Ça ne s’est jamais reproduit. Mais c’est resté. De loin en loin. Sans plus jamais se parler. Des bruits de fond.
À ce quelque chose de moins lisse qu’on aurait en partage.
À ce soir de mes 3 ans, où je tenais tête à mamy Jeanne. La voix d’André : « en voilà une qui ne sera pas comme les autres ».
Deux routes s’ouvraient à moi, et j’ai choisi celle on n’allait pas.
Les soirs à la Jeanne le monde aura toujours 16 ans.