
On a déménagé au bout de 16 ans du 97 rue de Reims. Une révolution.
Au 3 rue des Roses, j’ai adoré cet appartement de mes 16 ans.
C’était de fait un très bel appartement. On y est resté 3 ans, mais l’époque 3 ans, ça durait longtemps.
Nos propriétaires, c’était Roger et Nella Wilhelm, ils habitaient 2 étages en dessous.
Nella. Je la revois expliquer comment avec sa fille, elles se maquillaient dans le cellier, pour nous donner conseil : on y voyait mieux. Nos 2 appartements, étaient configurés de la même façon.
Leurs enfants étaient brillants, ils allaient au même lycée que moi.
Les parents étaient chics, un peu anglais, surtout lui, surtout Roger. Elle était plus italienne, brune, petite et flamboyante. Et je les aimais bien.
Nella. Celle qui la première, la seule peut être a osé me dire qu’il faudrait aller à Paris.
J’avais dit non, elle avait souri.
J’avais dit non, elle avait dit si.
La vie aura dit oui. Et je m’en souviendrai. Aussi.
Quand je descendais à pieds dans les escaliers, je l’entends au travers de la porte chanter Maldon, Ka Ya se misé bobo. Maldon.
Je les revois cette dernière fois, on ne sait jamais quand c’est la dernière fois. Au parc du Baron de Courcelles, à 2 pas de la maison.
On n’habitait déjà plus là, elle était déjà malade.
Je ne sais pas pourquoi j’ai cherché.
Ils sont morts à un mois et demi d’intervalle. décembre 2019. janvier 2020. Ils n’ont rien su du covid.
Et surtout Nelly Wilhelm, cette lycéenne qui été interpellée par le mégaphone, quand j’étais en cours de grec ce midi là, au lycée au lycée Fabert. Celle chez qui j’ai sonné pour mon premier commentaire de texte en seconde. Celle qui n’a plus ni son papa ni sa maman.
Il y avait dans cette maison, d’autres voisins, avec un fils en prépa HEC qui fumait tout ce qu’il pouvait dans son réduit d’étudiant à notre étage, et son petit frère trisomique. Les Chavanier, il était colonel.
Quand on avait piqué une bouteille de vin dans la cave, avec ma copine Virginie l’année où mes parents étaient partis dans le Nord, il s’en était soucié.
Cette cave, cette entrée avec l’inscription Gruss Gott, ces boites aux lettres en bois. Les bulletins du lycée qui arrivaient dans cette boite aux lettres et je courais pour voir s’il était noté que j’avais été absente. Ces gens qui m’ont vue à 17 ans bronzer en plein soleil de midi en maillot de bain dans le jardin.
Des vies.