
Jean vivait en bas dans une antre, dont il ne sortait jamais, pleine d’ordinateurs décarcassés, il bossait chez Olivetti, les processeurs c’est ça la vie. Ses BD qu’ailleurs on ne voyait jamais, et je passais des heures, à dévorer seule sur son lit, des histoires de souris, cette maison créait des recoins où l’on pouvait aller très loin. Jean, l’ami d’enfance de mes parents. Jean, mon grand ami, aussi.
Une seule fois j’ai eu les jambes molles, avec Régis son fils autiste, et mon étrange grand-frère d’enfance, aussi. Dans le sous sol, dans son monde sans parole, et devant les caves voutées je n’ai jamais osé entrer. J’ai senti une peur étrange, des picotements qui dansent le coeur qui s’affole, devant l’humidité terreuse du sol. J’ai dit qu’on devait remonter, et je ne saurais jamais pourquoi, si c’était lui qui ne parlait pas, le noir la suie ou bien les 3…
La différence, la vraie qui compte, je l’ai notée dans les allées, quand on allaient seules à la piscine, à pied avec ma copine. On est passé devant chez Jean rue Claude Gellée. Quand on longeait les voies ferrées, c’était l’été. On devait juste avoir 10 ans, on escaladait le talus, on riait comme des farfelues. Juste un chemin désert, après le dessert. Aujourd’hui qui laisserait encore les enfants libres comme ça, mais ces jours là, c’était bien comme ça.
Stéphanie a vu les portes mauves de Jean, elle s’est mise à vociférer, toute bien élevée qu’elle était, mais très choquée : dans le lotissement, c’était différent. Stupide, inconvenant, consternant, accablant, incohérent, bête et méchant. Je n’ai jamais osé lui dire, que c’était mes amis, et que devant ce magique violet, je m’étais extasiée. Consciente que personne d’autre n’aurait osé, j’étais émerveillée, le violet, c’était leur vérité.
Ce qui fait peur aux gens, c’est ce qu’on pose c’est ce qu’on ose, les portes roses les volets mauves. Cet insignifiant, qui colle au coeur et qui fait peur, ce qui n’a pas la même couleur, qui dit le gris le beige le blanc, le ressemblant, ça n’est pas vrai tout le temps.
On pourrait en tirer une autre morale, ce qui surprend les enfants, n’est pas ce qu’on jugera important, le différent, ce tout jugement, une fois nos yeux devenus grands.
Sur ce talus des voies ferrées cette année-là, on assassina 2 enfants, Francis Heaulme qui passait par là, le hasard, la mort, la vie, tout ce qui s’en suit, tout ce qui s’enfuit, c’est ça, aussi.
#Montigny-les-Metz #1986 #FrancisHeaulme #legris #lemauve
Très joli.
Et que de souvenirs. On est tous passés sur ce talus… Avec plus de bonheur que d’autres…
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