
Quand « et si » a cessé ? Et sinon, s’il n’en était pas question ?
On allait à l’IUT, quand ça nous chantait. Sam avait la maison de ses parents Augny, un peu hantée mais tant pis, où on passait des nuits à regarder Aladin, Shining et je tremblais. Encore une fois, au petit matin quand on loupait le cours d’anglais. On se levait pour mettre quelques euros d’essence qui nous restait, et filer à Nancy, Luxembourg, Amnéville, les ballades au Saulcy. Aerton Senna crashait nos souvenirs d’enfants un dimanche de mai. On allait au concert, aux soirées avec Anne Steimetz qui refusait de bon droit de ressasser son droit, avec Anthony et les Stéphanes, sans but on roulait longtemps, le jour la nuit en faisant du bruit. On ne savait pas encore qu’ici on n’en resterait pas, qu’à Metz la vie ne serait pas. Que la vie nous emmènerait loin sur son bateau blanc. Faire une croisière d’un jour ou 20 ans, pour devenir grands. On s’embrassait, s’enlaçait, et le premier baiser avec un mec beaucoup plus âgé. Et les soirées à refaire le monde au Bleu avec Virginie Royer. Ces nuits maquillées, comme tu détestais. Quand je m’en foutais, ce sors je sortais.
Quand j’avais 20 ans. Je flânais les après-midis avec ma grand mère. On allait au salon de thé, on papotait, elle me montrait le rouge à lèvre qui serait maquillé-sans-en-l’air.
Elle s’inquiétait parfois, les petits-enfants de ses amies travaillaient rude pour leurs études, enfermés, concentrés sur leurs années de fourmi. Elle me savait cigale avec le bonheur et le temps.
Je lui disais que ces années là ne reviendraient pas. Que je n’avais aucune raison de ne pas les vivre en regardant trop devant. Et que ceux qui faisaient ça, au fond, le feraient toujours et ne s’arrêteraient pas. Qu’il y aurait toujours quelque chose 2 ans devant eux, qui justifierait que.
Et quand je repense à ces après-midis au N°5 de grand maman. Puis celles aux volutes des potes, du billard au café Stan, du temps qu’on squattait chez moi au lieu d’aller à l’IUT, à la fac et les DVD des après-midi entières avec Stéphanie Kremer…
Je savais bien qu’à 40 ans…Qui se soucierait de l’IUT
Qui se souviendrait qu’on est amis pour la vie.
Et je porte toujours ce rose sur les lèvres.
Comme des bouquets de souvenirs qui ensorcellent. D’une clope distraite par la fenêtre ouverte. Des milliers d’images et de gens qui s’animent à nouveau en appuyant sur le bouton.
Pour laisser encore, même quelques instants, défiler les paysages sans les voir avant. Et être à nouveau assise à 17 ans sur les coussins dans le salon d’Arnaud Tisserand.