
Quand je jouais au ballon, je m’inventais un autre prénom. Il me fallait dribbler le plus longtemps, et tous les jours améliorer ce score. Et pendant que je comptais – je ne sais pas comment je faisais les 2 en même temps ? – j’imaginais des vies. Me concentrer sur le geste inlassablement, et le bruit du tapotement régulier sur le sol du ballon. Cette incessante répétition, qui très rapidement, ouvrait mes portes sur des mondes inconnus. Des histoires que je pouvais continuer d’écrire, les reprendre dans ma tête, à l’envie. Mille fois, vingt fois, cent fois. S’évader, partir loin, très loin en restant sur le perron, finalement. Dans ces autres mondes de Sophie, j’avais une jumelle, une complice identique. A nous deux, on était un combo magique, abracadabra, vice et versa. Je nous avais choisi, évidemment, un double prénom. A nous deux, on croquait la vie, on s’appelait Louise-Marie.
J’imaginais des vies, oui. Et que ferait elle aujourd’hui, dans celle-ci, Louise-Marie ?
Galériste à New York, Diplomate au Caire, Starsky de Hutch, Chroniqueuse à la maison de la radio, Directrice d’un journal de fiiiiilles, Eleveuse de chouettes, Ecrivain-Voyageur, James Bond, Soliste, Dame du lac, Amoureuse à Barbery Lane ? Agent double ? (parce qu’à l’époque je n’avais pas compris que dans ce cas là, si on l’est, on ne le dit pas…)
J’imaginais encore pour longtemps qu’à vivre en miroir, on se sent plus vivant. Avec un double qui entend tout, sait tout, comprend tout. Qu’on s’amuse plus, qu’on est bien plus, qu’on fait bien plus. Parce que la vie, c’est plus énigmatique, drôle, fantasque, fantastique, exotique à 2 identiques. Je n’ai compris que bien plus tard que ce jeu de miroir est illusoire, quand on rencontre d’autres soi-même, dans la vraie vie on se dilue et on se perd.
J’ai joué à un nouveau jeu, nouvelle invention faite maison. Toujours à deux – c’est beaucoup mieux. Cette fois nul ne se reflète, c’est 2 morceaux de puzzle qui se complètent. Elle et lui, c’est encore toute une autre histoire, comme l’hiver et l’été qui n’ont pu s’aimer, je veux bien vous la raconter !