Ulysse revient

J’ai toujours discuté avec les cerisiers. Avant le latin, le grec, le solfège, l’anglais, l’allemand, l’espabarfi (/ɛspabaʁfi/ langue ancienne aujourd’hui disparue, écrite et orale, pratiquée par une petite minorité ethnique de Lorraine, ma copine Barbara et moi, entre 1982 et 1986) et mes débuts en chinois qui trébuche, j’ai su parler le cerisier.

Aujourd’hui mon arbre s’appelle Ulysse, et c’est de racines que nous débattons souvent les pieds dans le froid. Il était une fois une moitié de famille que je ne connais pas, un nom que je porte et qui n’est pas vraiment le mien. Il était une fois Mamy Jeanne, une photo d’aviateur qu’elle me montrait à 3 ans pour me parler de mon grand-père. Le papa-de-mon-papa n’existait pas, parce qu’il conduisait des avions du bout du monde. Cela resterait sa définition du grand absent, qu’elle avait assermentée dans notre dictionnaire juridico-familial.

En fait d’aviateur, il ne s’envolait pas bien au delà des coins de rue, marié des 2 pieds dans une ville voisine, hermétiquement clos dans une autre vie que la nôtre. Un inconnu que sans le savoir, toute mon enfance durant, on aura croisé incidemment au restaurant, dans les rues de Metz, dans les cinémas, les quartiers, les sentiers. Il était même le voisin d’en face, anonyme et pourtant… quand j’accompagnais ma grand-mère à Saint Julien aux vacances de la Toussaint. Il était là, à notre insu, elle n’a jamais bougé un cil et on n’en a jamais rien su.

Une liasse de lettres de 1949, échangées entre eux avant que la passion ne s’éteigne sous son crayon. Soudain surgis de l’autre coté du miroir… l’histoire de nos vies, son amant, le père de mon père, son prénom. Maurice. Le second prénom donné à mon père, c’était donc lui. J’ai découvert son nom de famille, mon « autre nom », Adenot qui finit aussi en « ot », comme incognito.

Il était amoureux de ma grand mère, du moins l’avait il cru, et mon père arriverait bientôt. Mais il avait une jeune épouse, et une petite fille, son autre enfant, née en même temps. Il a choisi leurs 2 prénoms, Claude et Claudine, tendre comptine. Ce n’était rien, qu’une chanson, entre 2 amants, qui ne se parlèrent plus toute leur vie durant. Ce n’était rien, qu’une chanson, entre 2 amants tous 2 aujourd’hui disparus.



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