
Jeudi dernier à 17h34, il a pris son dernier train. Sans faire de bruit, il est parti. Gérard et sa tabatière, le seul qui m’aura jamais vu fumer devant ma mère. Il fut là, à Bergues dans le salon, à Levallois sur la terrasse avec le chat, à Lyon au restaurant rue Mercière, à Dunkerque au feu d’artifice du 14 juillet, à Metz sur l’île du Saulcy. Sa petite chambre de célibataire géographique à Clichy, son cassoulet d’adieu en gare du Nord quand il prit sa retraite de la SNCF, Gérard qui conduisait les TGV.
A Brighton, en Baie de Somme, à Euralille, petites virées du temps où on avait le temps. A Montigny, sa carte d’anniversaire pour mes 20 ans, probablement. Gérard était l’ami de maman, et de loin en loin pour moi aussi. J’entends sa voix dans sa barbe, à la fois taciturne et jovial, quand on achetait des myrtilles pour sa tarte aux fruits.
Une drôle de vie, mon ami, qui voilà, s’est finie. Je me rappelle un soir à Lyon après le restaurant, on s’était dit au revoir sur le quai du métro Saxe Gambetta. Au revoir devant chez moi, à Levallois. Au revoir dans l’entrée de mes parents, à Bergues. Ce serait là, la dernière fois, mais alors on ne le savait pas encore.
Au revoir, mon ami, tu pars avec la discrétion qui était la tienne, le peu de mots qui étaient les tiens, et ta présence en pointillés qui égrènent, comme un collier, nos 25 dernières années.