Stéphanie Alcantara

IMG_1242

Toutes les petites filles ont rencontré sur les bancs de l’école primaire cette amie aux yeux clairs. Stéphanie, elle qui a rendu nos lundis jolis.

Nous avons toutes eu, dans notre vie d’écolière, à Metz à Lille à Marseille, Stéphanie Alcantara.

Ce doux nom qui résonne à mes oreilles. Ce n’était pas la plus belle, mais elle avait en elle ce qu’il n’y avait pas en moi, et c’était vice et versa. Sûre qu’elle était éternelle, la preuve elle est encore là, quelque part ici avec moi,  Stéphanie Alcantara.

Qui t’a appris à tricher, t’a appris à briller, à vivre, à rire, à voler ? Elle inventait des jeux qui n’avaient pas de loi, des enquêtes particulières, des pièces de théâtre dans les greniers, sur les toits. Elle n’habitait pas loin de chez moi, Stéphanie Alcantara.

Qui t’a appris à changer de nom, de vie, de vêtements, à raconter n’importe quoi ? Nous étions deux oiseaux rares, on étaient un peu bizarres. On faisait parler les chiffons, le papier crépon, les emballages de bonbons. Elle vivait dans les friches, je crois bien qu’ils étaient riches. Etait elle heureuse ou pas, Stéphanie Alcantara.

Je me souviens du parfum distant de sa maman qui ne travaillait pas, femme altière plus que mère, dont elle ne s’occupait pas. Elle flottait dans l’air, mais elle n’était jamais vraiment là, Madame Alcantara.

Qui était un mystère, brillante et singulière, ma partenaire particulière, pas si secrète que ça ? Libre comme l’air mais toujours posée sur la même branche à côté de moi, Stéphanie Alcantara.

Qui t’a appris à être toi, libre, sans question ni pourquoi ? Parce qu’elle était juste elle-même, tricheuse, meneuse et menteuse, mais très très fine à la fois, Stéphanie Alcantara.

Parfois je pense à elle, et même si je ne sais rien d’elle, c’est un mirage, une chimère, de savoir que quelque part en Lorraine, vit cette fille aux yeux clairs, qui partagea mes années de primaire. Qui est-elle, que vit elle, où est elle, Stéphanie Alcantara.

Je ne crois pas m’être rendu compte à l’époque de l’évidence qui existait entre elle et moi. C’était, c’est tout. Une altérité qui ne posait aucune question. Il n’y avait pas de prise, pas d’emprise, et j’ai beaucoup aimé ça. Je ne savais pas encore qu’on partageait quelque chose de rare qui ne se reproduirait pas, Stéphanie Alcantara.

Je regardais avec envie les autres copines en tandem que je trouvais si belles, Emmanuelle et Armelle, indissociables petites filles modèles, les Sidonie les Laura – mais pas si gentilles que ça. J’ai toujours cherché ailleurs, ce qui souvent était là, Stéphanie Alcantara.

Je l’aimais bien mais je suis parti comme souvent depuis, vers ceux qui n’étaient pas faits pour moi. Je n’avais pas compris qu’à nous deux nous avions quelque chose en plus, qui ne leur ressemblait pas. Mais aujourd’hui comme hier, ce qui compte a des ailes, c’est cette part de toi et moi. Stéphanie Alcantara.

Laisser un commentaire